Monrepos, un monde si exotique, si différent, un coin de paradis sauvage. Je vous explique : Sybirol a toujours été sec, c’est un coteau calcaire, l’eau y est rare et précieuse. Et puis, au Nord, dans un vallon, il y avait Monrepos : 2 hectares d’eau : un ruisseau « la gravette », des sources, partout des sources, une petite cascade, un bassin avec une île, une fontaine. Et aussi un ancien moulin transformé par les vertus du progrès en 1880 en station de pompage .Tout y était différent, la fraîcheur évidemment, même au cœur de l’été, mais aussi la lumière, la végétation, les bruits y étaient différents. Pour l’enfant que j’étais, aller à Monrepos c’était une promenade qui tournait en aventure, je devenais un explorateur, l’égal de Stanley ou Livingstone découvrant le Congo et l’après midi ennuyeuse d’une fin d’été se transformait en une excursion lointaine pleine de découvertes.
Et puis Monrepos avait son histoire, autonome, indépendante de Sybirol : Au 18ème déjà, l’eau des sources de Monrepos est réputée pour sa qualité. On y édifie une fontaine, l’eau ferrugineuse y est bonne pour la santé, particulièrement pour les yeux.
En 1862 on y trouve un restaurant exploité par Mr Champion aîné, pâtissier fossés du Chapeau Rouge à Bordeaux : « un excellent restaurant bien approvisionné, qui se recommande aux consommateurs par la modération de ses prix. On y trouve des appartements meublés et un service omnibus à 20 places est établi entre Bordeaux et Monrepos. Des départs ont lieu tous les jours. Un bain, voiture comprise (sic ?) est à 1,20 francs. » En 1906 c’est Mr Castan, fondateur du célèbre bar Castan quai de Richelieu, qui en fait une guinguette réputée pour ses agréables promenades, ses attractions, ses grands bals et ses concerts. Bref la villégiature pour les ouvriers et employés en quête de divertissements !
Après la grande guerre, reconversion en hôpital des gueules cassées, militaires blessés qui viennent ici se reconstruire comme il peuvent. Et puis, tout s’arrête, tout s’endort. Monrepos est à nouveau rattaché à Sybirol. La nature reprend ses droits. Jusqu’à… la D.D.E. dans les années 1980 !
Elle aime les autoroutes et déteste les zones humides ! Pas de quartier, on exproprie, on draine, on buse, on assèche, on trace tout droit une route surélevée de 5 m, et, comble du cynisme, on crée un bassin excréteur de crues en béton. Banale et brutale au point que 40 ans après, on l’appelle toujours « la Pénétrante Est » ! Bref un massacre !
Monrepos n’existe plus que dans le souvenir de ceux qui l’ont connu. Si vous empruntez le fil vert, vous y découvrirait le dernier belvédère, sauvé du massacre car en hauteur.
Et puis reste, comme une épave échouée en haut de la colline, la fontaine de Monrepos. Elle a été démontée pierre par pierre et remontée en haut de la colline, dans l’axe d’entrée de Sybirol. Elle est belle mais seule, je ne peux même pas dire qu’elle pleure… puisqu’elle n’a pas d’eau !

